Agriculture bio : entreprendre pour répondre aux besoins essentiels

Répondre aux besoins primaires avant d’en créer d’autres. C’est la devise de Maxime de Rostolan. Ce "payculteur" comme il dit, prône une nouvelle vision de l’entreprenariat. Un retour aux fondamentaux, qui reposent sur trois piliers : le capital naturel, social et financier. Entretien.



Novethic. Qu'est-ce qu'un payculteur ?

Maxime de Rostolan. Un payculteur, c’est un entrepreneur du territoire. Je suis parti d’un constat : il y a une forte demande de produits bio locaux, mais peu de projets émergent. C’est très compliqué de faire sortir des fermes de terre. Je voulais donc aider à dupliquer des fermes biologiques qui fonctionnent, comme celle du Bec Hellouin.

J’ai identifié un maillon manquant à l’émergence de ces fermes : un entrepreneur, un chef d’orchestre de projets alimentaires territoriaux. Le payculteur relie l’amont et l’aval de la filière, met en lien les bénéficiaires de cette production avec les financeurs, etc.

Pour bien comprendre le mécanisme de développement de ces fermes, j’ai créé une micro-ferme près de Tours. Le but : montrer que l’agriculture biologique est plus rentable que l’agriculture conventionnelle. En parallèle, j’ai monté Blue Bees, une plateforme de financement participatif dédiée à l’agroécologie, et lancé Fermes d’avenir, une association qui promeut la permaculture.

"Il nous reste 20 ans pour changer le monde"

En quoi la vision que vous portez est différente de celle de l’entreprenariat traditionnel ?

Notre carburant n’est pas la recherche de rentabilité, mais l’envie de répondre aux besoins essentiels. Bien sûr il nous faut un modèle économique viable, et nous sommes à l’équilibre, mais il faut nous replacer dans une perspective de développement durable. Ce que je fais se construit autour des trois seuls capitaux à préserver et à faire croître : le capital naturel, le capital social et le capital financement.

Ma vision est durable et globale. Un agriculteur n’est pas seulement là pour produire de la nourriture. Il préserve la biodiversité, entretient la qualité de l’eau, séquestre du carbone, façonne le paysage, etc. C’est une comptabilité mutante : il faut intégrer toutes les externalités positives induites par l’activité.

Finalement, on construit un modèle à partir du local, mais qui peut être duplicable, qui est robuste et qui produit de l’emploi. Six fois plus que dans l’agriculture conventionnelle.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Financières. La conjoncture n’est pas du tout favorable à des dynamiques qui reposent sur le capital naturel, qui le préservent et le régénèrent. Il faut de toute urgence renverser cela. Dans mon domaine, c’est d’autant plus difficile que les lobbystes de l’agro-industrie sont très puissants.

Les nouveaux entrepreneurs ou les nouvelles dynamiques ne doivent pas non plus se concurrencer. Il faut une coopération forte pour faire front au modèle dominant.

Enfin il y un vrai enjeu d’urgence. Il faut passer la seconde, la troisième et la quatrième. Il nous reste 20 ans pour changer le monde. Les entreprises ont un rôle à jouer. Elles sont indispensables si on veut acter le changement de modèle et de paradigme.


Source: novethic.fr

Lancement de l'initiative #HealthyNotHungry pour des Systèmes Alimentaires Durables

Le mardi 31 janvier 2017, a eu lieu le dîner de lancement de l'initiative #HealthyNotHungry, organisée par le Programme alimentaire mondial en France, en partenariat avec les associations « Bon pour le climat » et « La Tablée des Chefs ».

L’évènement, qui s’est tenu dans le restaurant de l’UNESCO, avait pour but d’initier un dialogue entre des acteurs de divers horizons, tous ayant à coeur l’atteinte de l’Objectif de développement durable 2 (ODD2) : «Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable » à travers des partenariats stratégiques (ODD17).

Le PAM estime que la collaboration entre les différents partenaires - acteurs publics, militants de la société civile, influenceurs - est cruciale dans le développement d’un plan d'action collective pour atteindre l’ODD 2. En effet, c’est en réunissant toutes nos forces que nous pourrons atteindre l’objectif de la Faim Zéro de notre vie. Cela exigera que la demande d’aliments variés, nutritifs et sensibles aux différentes cultures soit stimulée et que nous nous assurions qu’ils soient accessibles aux personnes vulnérables à travers le monde.

La collaboration entre « Bon Pour le Climat », « La Tablée des Chefs » et le PAM est basée sur des valeurs communes et une conviction forte que la cuisine est un puissant outil de transmission de pratiques sociétales saines comme l’a si bien exprimé Jean-François Archambault, directeur général et fondateur de « La Tablée des Chefs » : « La cuisine est un ingrédient du changement social ; une recette gagnante, puissante et savoureuse ». «

Bon pour le climat » quant à elle, vise à changer notre alimentation pour réduire son empreinte carbone comme l’explique Jean-Luc Fessard, co-fondateur de l’association : « Résorber la faim dans le monde et agir sur le climat vont de pair et nécessitent de changer notre alimentation… Il s’agit pour nous de respecter les saisons, de favoriser les approvisionnements locaux et de privilégier le végétal et les approches culturales telles que la permaculture, l’agroécologie, les forêts comestibles, qui revisitent les méthodes de cultures traditionnelles, préservent la qualité des sols et se passent des intrants chimiques néfastes pour la biodiversité et le climat. »

Le dîner du PAM à Paris a été conçu et réalisé par les chefs Gérard Cagna, François Pasteau et Joël Césari. Plus qu’un simple repas, le menu est un élément clé de cet événement, car il vise à interpeler et à démontrer que l’on peut déguster un repas nutritif, délicieux et à base d’aliments locaux et de saison. Le tout avec une empreinte carbone réduite au minimum. Après l’évènement, et dans le cadre de la campagne #HealthyNotHungry, les chefs transmettront la fiche technique du menu afin de permettre à l’association « La Tablée des Chefs » de l’enseigner dans le cadre de leurs ateliers culinaires à la fois dans les collèges et dans les maisons d'enfants à caractère social. Le Menu sera aussi diffusé auprès du grand public comme exemple d’un repas, sain, nutritif et à base d’aliments locaux à reproduire facilement chez soi.

L’agro-écologie et le bio fondent l’ambition agricole de Benoît Hamon


L’ancien ministre de l’Éducation Nationale prône une Pac plus verte, une réduction importante des pesticides et le renforcement du principe de précaution.

«Face au marché, les États doivent être les garants de la protection des ressources naturelles et les citoyens les vigies de cette protection», indique Benoît Hamon dans ses 12 propositions pour une transition écologique. Il souhaite pour cela «aller au-delà du principe de précaution en constitutionnalisant les biens communs et en développant une démocratie environnementale».

Favoriser l’agroécologie
Cette transition agricole est basée sur l’agro-écologie : le candidat à la primaire de la gauche entend, dans le cadre des agences régionales de développement des nouveaux modèles de production et de consommation qu’il veut mettre en place, généraliser les contrats de filière agro-écologique et développer le mieux-disant environnemental.
L’agro-écologie doit par ailleurs constituer un levier de différenciation à l’export, pour «cesser de faire reposer notre stratégie d’exportation sur le seul secteur agro-alimentaire». Pour encourager ce modèle, il lancera un programme d’investissements agricoles de 5 milliards d’euros, également pour soutenir les circuits-courts, les coopératives et «l’installation des jeunes agriculteurs qui souhaitent reconvertir des exploitations en fermes bio ou agro-écologiques», indique le programme du candidat. Dans le même objectif, il souhaite réserver le foncier agricole en priorité à l’agriculture biologique ou à l’agro-écologie : «je modifierai les critères de l’examen des dossiers de reprise d’exploitation afin de favoriser systématiquement les projets en agriculture biologique ou agro-écologique. 40 % des agriculteurs devraient partir à la retraite d’ici 2020, ils chercheront donc des repreneurs dans les années à venir. Il faut se saisir de ce moment pour engager une conversion de notre agriculture».

Pesticides
«J’interdirai immédiatement les pesticides dangereux et les perturbateurs endocriniens pour prévenir les effets nocifs de ces substances sur la santé de nos enfants et de nos concitoyens», met en avant Benoit Hamon dans la partie Transition agricole de son programme. Le candidat compte ainsi retirer les autorisations de tous les pesticides dangereux et interdire l’importation des denrées alimentaires utilisant une substance interdite en France. Il souhaite également orienter la Pac en cette direction et conditionner les subventions «au respect de hautes exigences en la matière». Cette Pac qu’il souhaite «verte pour accompagner la transition agricole» devra elle aussi favoriser l’agro-écologie, à hauteur de 400 millions d’euros. Il prône par ailleurs, au niveau européen, une harmonisation fiscale.

Plan contre la maltraitance animale
«Nos objectifs en matière de qualité de vie et de qualité de l’alimentation ne justifient pas les maltraitances qui se sont multipliées récemment dans les abattoirs, à des seules fins de rendement économique», explique Benoit Hamon dans ses propositions pour une transition écologique. C’est pourquoi il propose de lancer un grand plan contre la maltraitance animale, qu’il semble réserver à la seule question des abattoirs.

Ruralité
Enfin, Benoît Hamon propose «un revenu universel d’existence» (750 € /personne à la fin du quinquennat à tous les Français, financé entre autres par une taxe sur les robots) et certaines mesures en faveur des territoires ruraux et faiblement peuplés. Pour lutter contre les déserts médicaux, il entend retirer le conventionnement aux médecins qui s’installent en zone surdotée et encourager le développement de maisons de santé pluridisciplinaires rassemblant des médecins libéraux, «appuyés par une société de service pour les fonctions support», précise son programme. Le candidat souhaite également rouvrir des centres d’accueil du planning familial dans toute la France pour contrer «les inégalités territoriales encore très fortes, notamment dans les milieux ruraux ou pour les jeunes qui ne peuvent pas se déplacer seuls».
Note de la rédaction: primaire de la gauche






L'agroécologie va-t-elle perdurer ?



Au premier rang de l'action politique menée par Stéphane Le Foll, l'agroécologie trace sa route. Et ce, malgré la crise. Le mot a même son dictionnaire scientifique. Autonomie alimentaire, conservation des sols, agroforesterie : chacune de ces expériences se range derrière une seule définition. Un modèle alternatif qui “vise à promouvoir des systèmes alimentaires viables, respectueux des hommes et de leur environnement “.

Au carrefour des savoirs, l'agroécologie anime tout autant les agronomes que les sociologues. “Le monde change et il faut aider les agriculteurs à en prendre conscience” estime Matthieu Herguais, agriculteur et co-fondateur du GIEE Méthagro 49. “Pour cela, il faut faire témoigner les pionniers”.

C'est ce à quoi s'attellera le ministre de l'Agriculture dans les quatre prochains mois. Son dernier acte, programmé en avril 2017, verra la mise en place “d'un dispositif de reconnaissance de démarches volontaires et partenariales permettant de valoriser leurs approvisionnements issus de pratiques agroécologiques, au bénéfice des agriculteurs engagés dans ces démarches”.

Les Cubains : maitre dans l’agroécologie

Alors que le père de la révolution cubaine s’est éteint, tout n’est pas sombre sur le tableau du pays. Souvent catégorisé dans la case, salsa, mojito, rhum et cigare. Il y a un point qu’une grande partie de la population mondiale peut leur envier, c’est celui de l’agriculture biologique. Un domaine qu’ils maîtrisent totalement, conséquence de l’embargo avec les États-Unis (1962) et plus tard de la chute de l’URSS (1991).



La situation géopolitique du pays l’a poussé à revoir ses plans pour alimenter la population. Sans importation, le pays ne bénéficie pas de matériels agricoles, engrais chimiques, et pesticides. Il a fallu trouver une solution, celle du développement des « techniques agricoles traditionnelles et biologiques ».

Les chiffres représentent la situation, en tout 400 000 exploitations agricoles urbaines, représentant 1,5 million de tonnes de légumes, sans pesticides et sans engrais chimiques. Un isolement qui conduit les populations dans les années 1990 utiliser des « ressources locales, pour une consommation locale ».

Pour mener à bien cette mission, les coopératives sont en fait les anciennes fermes d’États. Actuellement, « La Havane est à même de fournir 50 % de fruits et légumes bio à ses 2 200 000 habitants, le reste étant assuré par les coopératives de la périphérie ».

Le film documentaire « Cultures en transition » réalisé par Nils Aguilar, sortie en 2012, décrit Cuba comme un des exemples à suivre pour le mode de production agricole. « Reporterre » s’est penchée sur la vallée de Viñales, à l’ouest de l’île. Ses terres rouges sont composées de sols fertiles et disposent d’un climat propice à l’élevage et aux cultures.

Cette région inscrite depuis 1999 au patrimoine mondial de l’UNESCO détient comme principale activité l’agriculture de fruits, légumes et tabac cubain. Pour labourer les champs, les bœufs sont utilisés, grâce à leur traction. Aucune machine n’est utilisée. Quant au manioc, il est découpé à la machette.

Les animaux sont élevés dans des enclos, ainsi que dans les jardins des maisons. La majorité des familles élèvent des porcs ou des poulets chez eux. Un travail qui se fait en famille, les parents travaillant dès leur plus jeune âge. Les aliments ne peuvent être que sains, et tous connaissent la provenance de ce qu’ils mangent. Un bon point !